En revanche/Par contre

Publié le par Chai

En 1760, Voltaire a déclaré que l'expression "par contre" était
incorrecte et qu'il fallait lui préférer "en revanche".
L'expression "par contre " a longtemps été mise à l'index et
vilipendée. Aujourd'hui la position des grammairiens et lexicologues
est généralement celle-ci :
– On peut dire par contre quand il y a opposition entre deux idées,
l'une étant le contraire de l'autre :  Pierre est coléreux et agressif
dans ses rapports avec les autres. Par contre il est doux comme un
agneau lorsqu'il parle à son chat.
– On emploie en revanche quand il n'y a pas opposition entre deux
idées : Pierre est très susceptible et n'admet pas la contradiction.
En revanche, c'est un garçon très serviable qui se met en quatre pour
vous être agréable.
exemple : je suis riche, par contre toi tu es pauvre.
                   je suis riche, en revanche toi tu es heureux.
Il reste cependant des spécialistes qui condamnent par contre.
«par contre» a été critiqué par des auteurs de qualité et depuis lors
c'est un sujet de réflexion obligatoire chez les chroniqueurs du
langage, les puristes, les amateurs de bon langage, etc.

Littré a écrit:

Par contre est une locution dont plusieurs se servent, pour dire en
compensation, en revanche : Si les artisans sont ordinairement
pauvres, par contre ils se portent bien ; Si le vin est cher cette
année, par contre il est bon. Cette locution, qui a été tout
particulièrement critiquée par Voltaire et qui paraît provenir du
langage commercial, peut se justifier grammaticalement, puisque la
langue française admet, en certains cas, de doubles prépositions, de
contre, d'après, etc. mais elle ne se justifie guère logiquement, par
contre signifiant bien plutôt contrairement que en compensation, et
devant provenir de quelque ellipse commerciale (par contre ayant été
dit pour par contre-envoi) ; en tout cas, il convient de suivre l'avis
de Voltaire et de ne transporter cette locution hors du langage
commercial dans aucun style.

l'Académie écrit:
" Condamnée par Littré d'après une remarque de Voltaire, la locution
adverbiale par contre a été utilisée par d'excellents auteurs
français, de Stendhal à Montherlant, en passant par Anatole France,
Henri de Régnier, André Gide, Marcel Proust, Jean Giraudoux, Georges
Duhamel, Georges Bernanos, Paul Morand, Antoine de Saint-Exupéry, etc.
Elle ne peut donc être considérée comme fautive, mais l'usage s'est
établi de la déconseiller, chaque fois que l'emploi d'un autre adverbe
est possible. "

Dans son Nouveau dictionnaire des difficultés du français, Tchou 1970,
Jean-Paul Colin écrit: par contre. Emploi. Il est aujourd'hui
impossible de refuser cette locution adverbiale, que l'on trouve chez
tous les bons écrivains. Nombreux exemples chez Apollinaire, Gide,
Estaunié, Saint-Exupéry, etc. L'Académie, en 1835, caractérisait par
contre comme une locution du «style commercial»; toute mention de par
contre a disparu dans la 8e édition , en 1932. Littré écrit de son
côté : « Il convient de suivre l'avis de Voltaire et de ne transporter
cette locution hors du langage commercial dans aucun style.» Mais,
remarque Gide, « en revanche et en compensation, formules de
remplacement que Littré propose ne me paraissent pas toujours
convenables. Trouveriez-vous décent  qu'une femme vous dise : " Oui,
mon frère et mon mari sont revenus saufs de la guerre; en revanche,
j'y ai perdu mes deux fils", ou "La moisson n'a pas été mauvaise, mais
en compensation toutes les pommes de terre ont pourri. " ? ... Par
contre m'est nécessaire et, me pardonne Littré, je m'y tiens. »

Mais plutôt que "par contre", on peut employer, quand "en revanche" ne
convient pas, "Au contraire" ou "à l'inverse", "du moins"

Le refus de « par contre » est une vieille antienne puriste depuis
Voltaire (« par contre » étant repris du langage commercial).
Il est pourtant passé dans l'usage courant.

On notera que Gide s'en faisait le défenseur préférant, pour des raisons
d'opportunité, « par contre » à « en revanche » dans un exemple du type
« Mes deux fils sont morts à la guerre ; par contre, mon neveu n'a été
que légèrement blessé » (dans le cas inverse, on verrait mieux, en effet:
« Mes deux fils n'ont été que légèrement blessés à la guerre ;
en revanche, mon neveu a été tué).

Péchoin et Dauphin (Larousse des difficultés) notent à juste titre que
« Naguère critiqué, "par contre" est désormais admis dans le registre
courant. RECOMM[andation] Dans l'expression soignée, en particulier à
l'écrit, préférer "en revanche, au contraire, du moins", en fonction
du contexte. »

Cette sage préconisation vous préservera de l'ire des puristes
(que j'attends personnellement sur le pré. Je choisis mon arme : les
subtilités d'accord du participe passé... Hi hi !). Naturellement, vous
trouverez encore des ouvrages puristes à la Capelovici (« Tends tes
doigts que je te donne un coup de badine », tel est leur principe de
défense d'une langue momifiée, donc morte) qui vous diront que «Gna gnagna ».

Il faut regarder la date. On ne le reprochera pas à Adolphe
Thomas (un état de la langue et de sa normalité déjà ancien). Mais
Girodet (Bordas des difficultés), qui penche (quoi qu'il en dise) du
côté des puristes, se garde bien de condamner (ce qu'il fait dans
d'autres cas). Il écrit (nuance importante chez lui) : « À éviter dans
la langue surveillée » (penser notamment à l'écrit ou aux discours
préparés, aux échanges un peu formels).

http://www.langue-fr.net/

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