Ressenti physique versus intellect

Publié le par Chai

Lutter contre les peurs inconscientes
http://www.tipi.fr/

Pour faire simple, c’est leur naissance et plus encore certains événements survenus durant les 9 mois de leur vie passés dans le ventre de leur mère que ces personnes se retrouvaient à visiter. Dans un premier temps, j’avoue avoir été plus effrayé qu’enthousiaste. Certes, je ne faisais qu’appliquer méthodiquement l’approche que j’avais élaborée mais le sans-faute obtenu sur des cas, pour la plupart, désespérés, me paraissait trop beau pour être vrai.

si je voulais définitivement m’assurer de la validité de mon approche et lui donner une chance d’être partagée par un grand nombre, je devais l’inscrire dans une démarche simple, mesurable et transparente. Je décidais alors de reprendre tout à zéro. Dans un cadre expérimental, gratuitement, avec, en contrepartie, la possibilité d’enregistrer chaque séance et d’obtenir par la suite des rapports détaillés, je me suis fixé d’étudier cinquante cas pour chaque pathologie. Dans ce cadre, en deux ans, j’ai reçu plus de 300 personnes. Aujourd’hui, si les résultats sont toujours aussi surprenants, j’ai acquis beaucoup d’expérience pratique et, même s’il reste de nombreuses questions en suspens, j’ai appréhendé l’essentiel du phénomène.

Luc Nicon (Comprendre ses émotions, TIPI)

 

La démarche a été baptisée du nom de “Tipi” pour Technique d’identification des peurs inconscientes. Il s’agit en effet de considérer les peurs comme la clé des souffrances émotionnelles, sachant que ce sont elles qui conditionnent le plus fortement les réflexes de défense : la fuite, l’inhibition, l’agressivité et, de façon plus inattendue, la prise de pouvoir. Par ailleurs, pour qu’il y ait peur, il faut admettre qu’une première expérience désagréable ait préalablement été vécue. C’est cette première expérience qui doit être retrouvée pour désactiver les comportements qu’elle induit. Sans en connaître encore avec certitude le mécanisme biologique, les résultats obtenus sur un grand nombre de personnes montrent que, lorsqu’une situation à l’origine d’une réaction de peur est revécue, cette dernière est désamorcée. Encore faut-il que ce “revécu” ne soit pas une projection intellectuelle mais bien une réalité émotionnelle, sensorielle. Autrement dit, c’est à travers son ressenti physique et non avec son intellect qu’il faut rechercher l’origine de la peur… Et c’est souvent là toute la difficulté, tant nous sommes habitués à réfléchir plutôt qu’à ressentir. Pourtant, à travers ses sens, chacun peut remonter jusqu’aux traces les plus anciennes de ses peurs qui, dans la plupart des cas, se révèlent être les plus déterminantes. Très simplement, il est possible de se reconnecter aux multiples événements survenus lors de la naissance et même jusque dans le ventre maternel.
De nombreuses pratiques thérapeutiques ont déjà emprunté plus ou moins partiellement cette voie. En fait, il semble que la réussite de Tipi tienne en l’assemblage de quatre principes déterminants.

La peur
Le premier principe tient en une différence d’avec les thérapies existantes qui peut, de prime abord, sembler anodine mais qui, avec l’expérience, s’est révélée de plus en plus consistante. En effet, la plupart des thérapies sont directement axées sur les traumatismes là où Tipi s’intéresse avant tout aux peurs.
Les dictionnaires médicaux définissent le traumatisme émotionnel comme un choc psychologique violent, dépassant les capacités d’adaptation du sujet, dont les répercussions affectives importantes peuvent provoquer des effets pathologiques durables sur le psychisme ou la personnalité. Rechercher un traumatisme consiste à retrouver l’événement auquel le sujet n’a pas été capable de s’adapter émotionnellement pour procéder, si possible, à une adaptation à posteriori.
La peur, en psychologie, est définie comme une émotion ressentie en présence ou dans la perspective d’un danger. Dans ses formes primaires, la peur peut se présenter sous deux types de manifestations : la peur passive caractérisée par des phénomènes d’inhibition, de paralysie, et la peur active marquée par l’affolement verbal ou moteur. Les formes liées à un danger possible sont d’influence et d’aspect très divers : l’appréhension, la crainte, l’inquiétude, l’anxiété, l’angoisse. Elles relèvent toutes d’un sentiment d’impuissance devant les dangers d’un monde estimé menaçant. Le terme “danger” doit être entendu comme une confrontation avec la mort. Cette confrontation peut être directe (mort physique) ou indirecte (pertes matérielles ou relationnelles qui peuvent diminuer les chances de survie).
Dans la pratique, cette notion de confrontation avec la mort est très déterminante. à travers la peur, il s’agit en effet de rechercher le danger qui l’a générée. Dans les pathologies graves ou dans tous types de phobies, mêmes bénines, comme il sera montré par la suite, cette recherche conduit à la naissance ou dans le ventre maternel et c’est toujours une confrontation directe avec la mort qui est identifiée comme responsable de la souffrance. Par mort, il faut comprendre mort “biologique”. Qu’il s’agisse d’un manque d’oxygène ou d’apport nutritionnel, d’une intoxication, d’un dysfonctionnement interne, d’une gêne extérieure ou de sensations physiques difficilement surmontables, c’est en effet au stade de la survie la plus élémentaire que se nouent les peurs qui engendrent les souffrances les plus tenaces.
Bien sûr, le “danger” initial responsable de la peur peut être assimilé à l’événement traumatique recherché habituellement par les thérapeutes, mais c’est bien là où la différence est sensible. La connotation affective du traumatisme entraîne un point de vue sur l’événement qui est essentiellement relationnel. Par exemple, si un bébé, au stade de fœtus, a cohabité avec un jumeau qui, passé le premier mois, n’a pas survécu, le traumatisme, s’il est identifié, sera essentiellement analysé dans ses implications relationnelles (sentiment de détresse, de solitude ou d’abandon, rapports fusionnels avec son entourage, incapacité à vivre des relations durables ou, au contraire, à assumer les ruptures, etc.). Le même événement abordé sous l’angle de la peur va révéler, selon le cas, une forte sensation d’aspiration conduisant souvent à une légère perte de connaissance lors de l’évacuation du jumeau ou, plus communément, par la suite, à l’insécurité physique provoquée par l’absence de l’autre, en se retrouvant fortement agité dans trop d’espace laissé libre.

En abordant les sensations répulsives engendrées par l’événement, c’est le risque physique encouru par la personne qui est mis en relief, alors qu’en analysant psychologiquement son rapport à l’événement, c’est la relation affective de la personne avec son environnement qui est développée. Côté physique, la disparition du jumeau est un élément perturbateur dans la survie physique de celui qui reste… Côté psychologique, cette disparition est surtout considéré comme un manque affectif particulièrement difficile à surmonter. Certes, humainement, à l’évidence, nous préférons envisager la deuxième version, mais si l’on parle guérison, la première semble porteuse de résultats nettement plus avantageux.

Le ressenti physique
Rechercher l’origine d’une souffrance à travers la peur permet de s’appuyer sur des sensations physiques très concrètes, facilement identifiables.
Une personne mal à l’aise en présence du feu, peut, sans aucune difficulté, décrire ce qu’elle ressent dans son corps à cet instant. Par exemple, elle sera surprise, en “écoutant” son corps, de ressentir une douleur vive à l’épaule et au bras, comme si quelqu’un la déséquilibrait en la tirant violemment en arrière. Ce ressenti amènera peut-être la personne à identifier ensuite une situation dans laquelle le feu n’est en rien responsable de sa peur : alors qu’elle était bébé, un adulte l’aura sans doute empoignée avec force pour lui éviter de se brûler et, depuis, ce qu’elle craint en s’approchant d’un feu n’est donc pas de se brûler mais d’être violemment déséquilibrée. Bien sûr, une autre personne décrira des sensations totalement différentes nées d’une situation tout aussi personnelle.
Par ailleurs, l’exemple du feu illustre bien comment se marque la peur dans notre corps lors d’un événement désagréable : le ressenti physique éprouvé à l’instant de la confrontation est mémorisé tel quel, prêt à ressurgir. Par la suite, il se manifestera à l’identique dans toutes les situations perçues, souvent inconsciemment, comme similaires. C’est cette trace sensorielle qui offre la possibilité de remonter avec fiabilité et précision à l’événement d’origine. Pour ce faire, il s’agit très simplement de se laisser porter par cette mémoire sensorielle : tout le monde sait naturellement “se souvenir” avec son corps. En Afrique, les personnes qui se prêtent à cette expérimentation entrent immédiatement “en sensation” sans aucune autre sollicitation que de se laisser conduire dans leur corps par leurs peurs. En Occident, malheureusement, la plupart des personnes confrontées à leurs peurs se servent de leur intellect au lieu “d’écouter” leur corps. Il faut alors les aider à mettre leur mode analytique en veille pour laisser s’imposer leurs sensations. Plusieurs pratiques visant à cet état ont déjà été proposées. Tipi, la technique adoptée ici, a sans doute pour seuls avantages d’être très simple et rapide à mettre en œuvre (elle s’installe en conversant naturellement) et de n’induire aucun état de dépendance (les personnes restent pleinement éveillées et conservent intégralement leur libre arbitre).
Cette reconnection “physique” avec l’événement d’origine est d’autant plus importante qu’il apparaît clairement à travers tous les cas étudiés que c’est la condition indispensable pour que la peur soit désactivée. En effet, l’approche intellectuelle n’apporte aucune modification. Si une personne a la gorge nouée, si elle manque d'air et qu’elle se sent comme retenue chaque fois qu’elle doit franchir ce qu’elle considère comme un obstacle au point qu’elle fait de longs détours dans sa vie pour les éviter, ce n'est pas parce qu’elle apprendra qu’elle est née avec un cordon ombilical autour du cou qui a gêné sa sortie qu’elle sera tirée d'affaire. Par contre, même si elle ne parvient pas à identifier intellectuellement l’événement à l’origine de ses difficultés, le seul fait de revivre les sensations éprouvées lors de cet événement est généralement suffisant pour désamorcer ses peurs. Autrement dit, tout savoir sur les effets par rapport aux causes, et vice versa, ne soulage pas la souffrance… en revanche, n'en rien savoir mais en revivre les sensations permet la guérison. Cette vérité doit rester en permanence présente à l’esprit. En effet, même si la tentation est grande, en recoupant de nombreux cas, de dresser une liste de profils psychologiques ou comportementaux standards en fonction des événements subis par les personnes, cet exercice intellectuel n'apporte rien en terme de guérison. Cette approche est même dangereuse : chaque parcours est unique et négliger les sensations particulières qui lui sont attachées au détriment d’une explication stéréotypée conduit souvent à des interprétations erronées.

La passivité
Dans une approche sensorielle, la principale difficulté à surmonter est d’accepter la passivité. Il n’y a rien à faire, rien à vouloir, rien à comprendre, rien à interpréter… Juste à ressentir physiquement et se laisser porter par ce ressenti. Alors que nous sommes habitués, face à la souffrance, à adopter une attitude interventionniste (chercher une explication, prendre un médicament, consulter un thérapeute, faire du sport, etc.), il s’agit, ici, d’être spectateur en se laissant aller au fil de ses sensations, sans objectif particulier et sans à priori sur les images, les sons, les textures, les odeurs et les saveurs qui ont laissé, en nous, des traces susceptibles de se manifester.
Passivité, également, pour celui qui, éventuellement, vient en aide. En effet, avec Tipi, l’approche proposée dans ce livre, la seule aide que peut apporter celui qui accompagne est de permettre à celui qui souffre de se connecter puis de rester en prise avec ses sensations. Habituellement, le thérapeute prend en charge les personnes en difficulté. C’est lui qui sait et qui soigne. Le résultat repose alors principalement sur ses connaissances et sur son habileté personnelle à les mettre en pratique. à l’inverse, ici, il s’agit de laisser chacun trouver seul son chemin. Se contenter d’être un témoin discret, ne rien vouloir, ne rien savoir, sont les conditions indispensables pour que le fil fragile des émotions puisse correctement se dérouler. Lors d’une séance, il n’est pas rare qu’après une courte mise en route, plus aucune phrase ne soit échangée avant la fin. Pour être parfaitement clair, la seule aptitude requise pour celui qui vient en aide est, si besoin, de savoir déconnecter l’intellect le plus résistant. Aucune compétence médicale n’est nécessaire. Et, contrairement à ce que l’on pourrait penser de prime abord, la simplicité de la démarche ne la rend pas pour autant facile. En effet, il n’est pas aisé de ne pas se mettre en avant, d’accepter de ne pas savoir, de se contenter de n’être qu’un passeur discret qui permet à chacun de s’aventurer en lui-même jusqu’à sa guérison.
La passivité est également présente dans la guérison puisque, là encore, il s’agit de laisser faire. Il semble que le seul fait de se reconnecter sensoriellement, consciemment, avec l’origine de la souffrance suffise à la désactiver. Pas de soin ou de traitement particulier, pas de conditionnement psychologique, pas d’acte symbolique… Il est juste préférable d’éviter d’intellectualiser les sensations perçues pendant la séance pour ne pas freiner la guérison naturelle et spontanée.

La guérison
La guérison est totale, complète. Il ne peut y avoir de demi-mesure : c’est tout ou rien. La peur disparaît dès que sa source a été sensoriellement revisitée. Si la peur est toujours active après une première investigation, elle continue à servir de support pour remonter plus loin encore dans le ressenti. En effet, à partir de l’événement d’origine qui a créé la peur, de nombreuses situations similaires se sont généralement succédées en s’empilant et en lui donnant chaque fois plus d’ampleur. Pour remonter sensoriellement jusqu’au cœur de la peur, il faut quelquefois en affronter l’écorce et les couches successives. En clair, on sait que l’on est arrivé à destination lorsque la peur ne se manifeste plus… Et si la peur disparaît, la souffrance qu’elle engendrait s’arrête également. Il existe cependant une exception. Une autre peur non identifiée peut se mêler à celle qui vient d’être revécue et réactive celle-ci. Dans ce cas, comme chaque peur porte en elle une signature sensorielle qui lui est particulière, il est aisé de les distinguer pour les démêler et remonter à l’origine de chacune.
Cette guérison systématique connaît néanmoins des limites. En effet, la disparition de la souffrance devient très aléatoire si cette souffrance s’accompagne de réactions biologiques (douleurs, maladies…) ou de comportements compulsifs (boulimie, bégaiements, tocs…). Par exemple, la guérison des personnes dont la souffrance émotionnelle s’exprime également par de l’eczéma ou de l’anorexie est incertaine. Parfois, tant du point de vue émotionnel que physique, le résultat est spectaculaire. Dans d’autres cas, sans comprendre encore pourquoi, ça ne marche pas. 

La réussite de cette approche réside essentiellement dans la capacité de la personne en souffrance à se connecter consciemment à sa mémoire sensorielle.

À partir d’une situation représentative de sa souffrance, dès qu’elle parvient à accéder à cette mémoire des sens, il ne lui reste plus qu’à se laisser guider par ses sensations pour identifier sa peur. Aussi, la principale raison d’être d’une aide extérieure est d’apprendre aux personnes en souffrance à s’installer et à se maintenir consciemment dans leur mémoire sensorielle. C’est si vrai, qu’après avoir maîtrisé cette pratique une première fois, de nombreuses personnes réussissent parfaitement à identifier d’autres peurs inconscientes sans avoir recours à un nouvel accompagnement. En fait, les personnes se connectent naturellement et valablement à leur mémoire sensorielle dès qu’elles acceptent de « sentir » leur souffrance plutôt que de s’épuiser à la tenir à distance. Cette dernière option exacerbe l’intellect et court-circuite le ressenti. Pour sortir de ce fonctionnement, la gageure est d’installer, à partir de l’activité analytique, une passerelle sécurisante vers la mémoire sensorielle. C’est cette passerelle qu’il s’agit, à présent, d’emprunter. Mais que savons-nous de cette mémoire sensorielle?

La mémoire sensorielle
Dans son dernier ouvrage, Synaptic self paru en 2002, Joseph Ledoux, professeur en neurobiologie et reconnu pour ses recherches sur les peurs, expose l'état des connaissances actuelles sur la question. En voici un résumé concis, additionné des résultats de diverses autres recherches.
La remémoration consciente est le type de mémoire que nous avons à l'esprit lorsque nous parlons habituellement de la « mémoire ». Se rappeler, c'est être conscient d'une expérience antérieure et présenter des troubles de la mémoire c'est avoir un problème avec le rappel d’un événement ou d’une information que nous savons pourtant avoir précédemment vécu ou su.
Mais il existe un système de mémoire différent qui garde le souvenir des situations dangereuses ou, du moins, menaçantes. Cet apprentissage du danger met en relation directe nos perceptions sensorielles avec nos réponses comportementales. Il ne dépend pas de la conscience et nous n'avons aucune emprise sur lui ni un accès conscient à sa véritable nature.
En fait, normalement, les deux systèmes de mémoire fonctionnent simultanément. La mémoire consciente apporte le contexte factuel d'un événement (ce que nous pouvons analyser intellectuellement, sans en éprouver le ressenti) et la mémoire inconsciente donne le relief sensoriel à ce contexte (les manifestations physiques, émotionnelles). En dehors de l’immaturité de la mémoire consciente en période prénatale, les causes d'un éventuel dérèglement de ce fonctionnement sont multiples mais la principale semble être la peur elle-même. Bruce McEwen, éminent chercheur sur la biologie du stress, a mis en évidence qu'une peur brève mais intense entraîne un appauvrissement en dendrites des neurones activés par cette peur dans l'hippocampe. Les dendrites, parties réceptrices des neurones, sont des acteurs majeurs dans la formation de la mémoire consciente. Les dégradations sont réversibles si la peur ne dure pas mais les dendrites sont définitivement endommagées, laissant les neurones isolés, si la peur se prolonge. Dans ce cas, le souvenir conscient à l'origine de la peur devient inaccessible. Lorsque la peur se manifeste, il ne subsiste alors aucune piste pour en retrouver consciemment le point de départ. La manifestation sensorielle de la peur reste alors, de fait, la seule trace qui puisse, éventuellement, permettre de remonter jusqu'à l'événement d'origine et de le désactiver consciemment. En ce sens, des signaux de forte intensité (des sensations physiques fortes reproduites consciemment, par exemple), en ciblant les neurones qui ont été isolés par des dendrites endommagées, peuvent réactiver l'activité de ces neurones et permettre ainsi la restitution consciente de la mémoire.
Par ce mécanisme, on peut imaginer, un peu comme un sourcier s'approche d'un point d'eau avec sa baguette, qu’en remontant consciemment au plus fort de la manifestation sensorielle de la peur et en la revivant pleinement et avec consentement on puisse la désamorcer en « reconstruisant » l’accès endommagé aux neurones concernés. Dans ce cas, la mise en conscience ne porte plus sur le souvenir mais sur la ré-expérimentation (volontaire et sécurisée) de la peur. Il s'agit là, très probablement, du m

mécanisme qui sous-tend l’ approche TIPI.


 

La réussite de cette approche réside essentiellement dans la capacité de la personne en souffrance à se connecter consciemment à sa mémoire sensorielle.

Pendant la séance l'attention est orientée vers les sensations corporelles et uniquement celles-ci. La personne n'a rien d'autre à faire que vivre et laisser vivre ces sensations au fur et à mesure qu'elles se présentent.
À partir d’une situation représentative de sa souffrance, dès qu’elle parvient à accéder à cette mémoire des sens, il ne reste plus à la personne qu’à se laisser guider par ses sensations pour identifier sa peur. Aussi, la principale raison d’être d’une aide extérieure est d’apprendre aux personnes en souffrance à s’installer et à se maintenir consciemment dans leur mémoire sensorielle. C’est si vrai, qu’après avoir maîtrisé cette pratique une première fois, de nombreuses personnes réussissent parfaitement à identifier d’autres peurs inconscientes sans avoir recours à un nouvel accompagnement. En fait, les personnes se connectent naturellement et valablement à leur mémoire sensorielle dès qu’elles acceptent de « sentir » leur souffrance plutôt que de s’épuiser à la tenir à distance. Cette dernière option exacerbe l’intellect et court-circuite le ressenti. Pour sortir de ce fonctionnement, la gageure est d’installer, à partir de l’activité analytique, une passerelle sécurisante vers la mémoire sensorielle. C’est cette passerelle qu’il s’agit, à présent, d’emprunter. Mais que savons-nous de cette mémoire sensorielle?

La mémoire sensorielle
Dans son dernier ouvrage, Synaptic self paru en 2002, Joseph Ledoux, professeur en neurobiologie et reconnu pour ses recherches sur les peurs, expose l'état des connaissances actuelles sur la question. En voici un résumé concis, additionné des résultats de diverses autres recherches.
La remémoration consciente est le type de mémoire que nous avons à l'esprit lorsque nous parlons habituellement de la « mémoire ». Se rappeler, c'est être conscient d'une expérience antérieure et présenter des troubles de la mémoire c'est avoir un problème avec le rappel d’un événement ou d’une information que nous savons pourtant avoir précédemment vécu ou su.
Mais il existe un système de mémoire différent qui garde le souvenir des situations dangereuses ou, du moins, menaçantes. Cet apprentissage du danger met en relation directe nos perceptions sensorielles avec nos réponses comportementales. Il ne dépend pas de la conscience et nous n'avons aucune emprise sur lui ni un accès conscient à sa véritable nature.
En fait, normalement, les deux systèmes de mémoire fonctionnent simultanément. La mémoire consciente apporte le contexte factuel d'un événement (ce que nous pouvons analyser intellectuellement, sans en éprouver le ressenti) et la mémoire inconsciente donne le relief sensoriel à ce contexte (les manifestations physiques, émotionnelles). En dehors de l’immaturité de la mémoire consciente en période prénatale, les causes d'un éventuel dérèglement de ce fonctionnement sont multiples mais la principale semble être la peur elle-même. Bruce McEwen, éminent chercheur sur la biologie du stress, a mis en évidence qu'une peur brève mais intense entraîne un appauvrissement en dendrites des neurones activés par cette peur dans l'hippocampe. Les dendrites, parties réceptrices des neurones, sont des acteurs majeurs dans la formation de la mémoire consciente. Les dégradations sont réversibles si la peur ne dure pas mais les dendrites sont définitivement endommagées, laissant les neurones isolés, si la peur se prolonge. Dans ce cas, le souvenir conscient à l'origine de la peur devient inaccessible. Lorsque la peur se manifeste, il ne subsiste alors aucune piste pour en retrouver consciemment le point de départ. La manifestation sensorielle de la peur reste alors, de fait, la seule trace qui puisse, éventuellement, permettre de remonter jusqu'à l'événement d'origine et de le désactiver consciemment. En ce sens, des signaux de forte intensité (des sensations physiques fortes reproduites consciemment, par exemple), en ciblant les neurones qui ont été isolés par des dendrites endommagées, peuvent réactiver l'activité de ces neurones et permettre ainsi la restitution consciente de la mémoire.
Par ce mécanisme, on peut imaginer, un peu comme un sourcier s'approche d'un point d'eau avec sa baguette, qu’en remontant consciemment au plus fort de la manifestation sensorielle de la peur et en la revivant pleinement et avec consentement on puisse la désamorcer en « reconstruisant » l’accès endommagé aux neurones concernés. Dans ce cas, la mise en conscience ne porte plus sur le souvenir mais sur la ré-expérimentation (volontaire et sécurisée) de la peur.

voir aussi : http://www.enfiniraveclapeur.org/conference/millau19mars/
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Publié dans Psy

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