Mécanismes de la violence

Publié le par Chai

Chronique d’une violence annoncée dans une relation de groupe :

Violence des actes et en particulier, violence de la parole

Violence qui pénètre insidieusement sur des « petits » sujets :

A plusieurs reprises, j’ai vu une société apparemment sereine menacer de basculer dans la discorde et la violence à partir d’un sujet tout à fait anodin ou bassement matériel. Je crois qu’on est vigilant au poids de sa parole sur des sujets sensibles alors qu’on ne maîtrise pas ce qui sort de la gorge lorsque le sujet paraît inoffensif. Sur de petits sujets matériels, les oppositions interpersonnelles surgissent avec une violence inouïe, chacun adoptant quasi immédiatement une posture de défiance, de jugement des mauvaises raisons de l’autre alors que lui en a très certainement de bonnes.

Le problème est que les paroles une fois prononcées sur un sujet mineur laissent des traces qui peuvent ressurgir sur des sujets plus fondamentaux. Et si le groupe n’est pas suffisamment solide pour se rallier à la majorité exprimée, s’il n’a pas une réelle direction à laquelle adhèrent les membres, pour laquelle ils sont prêts à travailler coute que coute, le travail cesse bien vite et cède la place à la débandade violente.

Premier remède à la violence naissante : le travail et la vigilance à chaque instant

Violence qui vient de la parole mal maîtrisée :

Qu’est-ce qu’une parole libre ? Avoir une parole libre, est-ce laisser sortir de sa bouche une parole impulsive non travaillée, éventuellement porteuse de violence ? On peut imaginer laisser sortir cette parole mais la contrepartie obligatoire dans ce cas est d’accepter de travailler avec ceux qui l’ont reçue pour améliorer cette parole. Si la parole libre campe sur ses positions, il n’y alors plus d’issue autre que la violence. Au-delà, on peut s’interroger, est-ce que laisser sortir un tissu d’insanités et de jugements tout faits est légitime au nom de la liberté de parole ?

Deuxième remède à la violence : le travail individuel et le travail collectif comme garde-fous

Violence qui vient de l’intolérance :

Si sa propre parole est libre, celle de l’autre aussi, c’est un pré-requis à ne pas oublier. Si on dénigre la parole de l’autre, si on la bride, si on la juge en oubliant de travailler ensemble à ce qu’on a ressenti, à la réflexion que ça a suscité, encore une fois la parole figée dans l’incompréhension et l’intolérance génère la violence.

Une parole choque ? Ne pas la figer et figer celui qui l’a énoncée dans un ghetto mais encore une fois travailler ensemble sur la signification profonde de cette parole et son évolution possible.


Ou alors revoir les mécanismes de constitution d’un groupe, d’une société, car ce qui est intolérable eu égard aux valeurs ou statuts de ce groupe devrait être éliminé à ce moment-là, ensuite c’est trop tard pour rejeter et c’est collectivement qu’il convient de gérer la parole de chacun, il n’y a plus moyen d’isoler un membre à coup de jugements définitifs

Troisième remède à la violence : pas de sujet tabou, pas d’individu isolé

Violence qui s’installe dans la défiance :

Quand l’opprobre est jetée sur l’un ou l’autre membre du groupe, les autres membres ont tôt fait de se réfugier dans la méfiance voire la défiance. Des clans se constituent, certains se réfugient dans l’immobilisme de peur d’être classé pro ou anti, les autres s’expriment et sont jugés. Inutile de dire que le travail est déjà bien compromis et la violence permanente, tous se regardent en chiens de faïence.

Quatrième remède à la violence : restaurer la confiance… si c’est encore possible à ce stade

Violence qui intimide et détruit :

De l’idée de parole libre, on passe à des voix qui font froid dans le dos, qui sont incompatibles avec la confiance nécessaire à la vie ensemble, au travail commun

Dans ce climat, on baisse les yeux, pour ne pas rencontrer des regards qui jaugent, on se censure pour ne pas s’offrir en spectacle à des regards qui jugent, en qui on n’a pas ou plus confiance.

On a envie de se soustraire à des regards gênants qui nient ce qu’on est. Devenir invisible, anonymé pour échapper à ces jugements violents qui se traduisent en regards et paroles.

Il n’est plus du tout question de solidarité dans le groupe.

Cinquième remède à la violence : repenser la solidarité

Violence qui crée l’inaction :

Quand on traîne déjà les pieds pour participer à la vie d’un groupe, il est fort possible qu’une fois présent, on attende que le temps passe …

Au terme des étapes précédentes, les forces sont bien amenuisées or chacun a des forces limitées donc comment faire autrement que de se réfugier dans l’inaction ?

Quand la carapace est bouclée, même si ça bout à l’intérieur, les évènements glissent, on regarde de loin le travail du groupe comme une parodie tant les comportements dénotent avec les intentions affichées

Sixième remède à la violence : trouver la ressource pour réagir autrement que par l’inaction, mais si on ne la trouve pas en soi, il est à ce stade difficile de croire que la dynamique du groupe, devenue inopérante pourrait être d’un quelconque soutien

Violence qui décrédibilise :

Dans ce climat de défiance, tout individu qui tire vaguement son épingle du jeu, en travaillant ailleurs, en travaillant différemment dans un sursaut contre l’inaction, est frappé de traîtrise. Bien sûr on appelle au boycott, à l’isolement de ce traître dont le seul défaut est pourtant de n’être pas encore tout à fait occis par tant de violence.

Résultat : même à l’extérieur du groupe, la violence intérieure est perçue. Le groupe avait déjà perdu toute crédibilité interne, il perd aussi toute crédibilité vis-à-vis de l’extérieur.

Septième remède : garder le bons sens de soutenir et imiter les heureuses initiatives vers le travail

Violence qui crée la violence réciproque :

Oui la violence est bien contagieuse et toutes les tentatives des uns et des autres de dédramatiser pour se disculper ne sont que des fuites devant les responsabilités individuelles et collectives. Nous sommes tous complices de cette violence qui s’auto-entretient et qui donne envie de renoncer à toute idée de solidarité, d’échange.

Huitième remède : réagir autrement que par la violence mais comment?

Comment échapper à la violence ?

La participation aux travaux d’un groupe, qui plus est un groupe où s’installe la violence, est forcément  bloquée par la limite de mes forces, les membres du groupe sont-ils conscients de cette limite des forces de chacun ? Est-il possible de reconstituer ses forces dans un climat de violence ? Non. Est-il possible de sortir d’un climat de violence installé ?

Au gré de ma petite expérience, je n’ai vu que des fuites pour échapper à la violence :

-Des fuites individuelles d’individus exsangues qui partent avancer ailleurs, sans penser toutefois que l’herbe y sera plus verte mais en se rappelant qu’elle y aura une autre saveur qu’avec l’expérience accumulée ils sauront mieux goûter, mieux tenter de préserver.

-Des fuites collectives avec le fracas des dissolutions et scissions d’associations

Neuvième remède : en situation de crise, quelles autres solutions que la fuite ?

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Publié dans Société

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