Nostalgie et mélancolie
Nostalgie :
en lien avec la mémoire, avec Platon et le mythe de la caverne
en lien avec la recherche de l'utopie ultime = retrouver le passé perdu, le paradis perdu
= fossilise
Mélancolie :
en lien avec les humeurs
en lien avec la reconnaissance que les humeurs et les émotions existent
relie les états
l'oeil humidifié voit mieux
c'est une porte vers la transmutation
c'est une clef fluide
c'est la fluidité de la volonté
=fluidifie (fleuve)
Déplacer le centre d'intérêt de l'extérieur matériel vers l'intérieur, les causes = lutter contre la mélancolie = jubilatoire
Travail en conscience : espaces en creux=humeurs de mélancolie -> il faut les nommer, les saisir, pour pouvoir transmuter
Dürer : La Mélancolie


Dürer réalisa cette célèbre gravure (peut-être la plus célèbre) en 1514. C'est une allégorie qui représente la mélancolie dans la création de l'artiste. Ses interprétations sont nombreuses: certains y voient un autoportrait symbolique ("portrait spirituel" pour Panovsky), d'autres des symboles alchimiques nombreux. Enfin, on a aussi envisagé que cette oeuvre soit une représentation de la géométrie de l'artiste, telle qu'il la développe dans "l'excursus esthétique" du livre 3 du Traité des proportions du corps humain.
Le thème de DÜRER sur la mélancolie saturnale apparaît comme étant puisé dans le traité tiré de l'ouvrage de 1510 intitulé "De occulta philosophia" du médecin et mystique allemand : Heinrich Agrippa VON NETTESHAM. Sans doute connaissait-il aussi les textes de Marsile Ficin.
Pour le Moyen Age, quatre "humeurs" seraient responsables des tempéraments humains: le sang, la bile jaune, le phlegme et la bile noire ou mélancolie, au sens étymologique. Ces humeurs sont associées aux saisons, aux quatre âges de l'homme, aux éléments. C'est surtout la mélancolie qui a retenu l'attention, considérée comme une manifestation du génie auquel elle ouvre les portes de l'imagination.
La mélancolie est ensuite considérée comme un était dépressif qui enlève à l'artiste son enthousiasme, et les astrologues de la Renaissance pensent que le carré magique peut servir de traitement.
Cette gravure d'Albrecht Dürer réalisée en 1514, en pleine Renaissance, a beaucoup interessé les commentateurs par ses aspects énigmatiques. Le visage de l'ange présent au premier plan renvoie à un type de visage androgyne qu'a affectionné Dürer, y compris dans ses autoportraits et permet dans un premier temps d'évoquer l'œuvre de l'artiste.
Dürer appartient à la Renaissance. Comme les autres artistes de son époque il a participé à l'expression d'un temps nouveau, plein d'espérance et de certitude qui place l'humain au centre et affirme sa capacité à saisir le monde.
Or, la Mélancolie tranche par rapport à cette position.
Les éléments constituant l'image sont extrêmement touffus. Un personnage, un ange est assis au premier plan. Son inactivité et l'expression de son visage renvoient au titre de la gravure. A ses pieds plusieurs outils de travail qui semblent abandonnés. Devant lui une sphère, un chien endormi et un polyèdre (pierre taillée?) de forme énigmatique. Au second plan à gauche, une ouverture vers un paysage. Dürer utilise un dispositif spatial familier des artistes de la Renaissance.
Pourtant, relié à un soleil levant (ou couchant), s'accroche un phylactère porté par une chauve-souris grimaçante où s'inscrit le mot "Mélencolia". Plus près de lui, un angelot assis sur une pierre de meule. Lui est absorbé par un travail d'écriture. Le personnage principal est assis devant une construction à laquelle sont accrochés divers instruments de mesure : balance, sablier, cloche et un carré magique qui a particulièrement intrigué les commentateurs.
Le temps semble s'être arrêté. L'ange porte sur tout ce qui l'entoure, un regard fatigué et dubitatif. S'il s'agit dans un premier temps de décoder le symbolisme médévial et renaissant utilisé par l'artiste, ce n'est que pour mieux tenter de comprendre le sens de cette gravure. Dürer s'interroge sur les limites des actions et du savoir humains. Doute d'un artiste perpétuellement inquiet qui écrivit : "il n'appartient qu'à Dieu de soumettre à la mesure la beauté absolue". Lucidité, scepticisme ou pessimisme de Dürer dans un temps qui affirme au contraire un humanisme triomphant ; ou plus généralement leçon de philosophie sur l'inutilité et la vanité de toute entreprise humaine.