Né quelquepart...

Publié le par Chai

Né quelque part

 

 

Il y a la route, je regarde toujours si je vois passer quelqu’un… Toute ma vie j’ai guetté, parfois enthousiaste, parfois résigné, j’ai espéré voir passer quelqu’un. Quelqu’un qui me parlerait de mon pays, quelqu’un qui me parlerait de son pays. Quelqu’un qui parlerait de sa route. Quelqu’un qui me parlerait de moi. Je me suis regardé sur la route en même temps que j’espérais l’autre.

 

Je suis né en 1958 à Yaoundé. Je suis français. Français et africain. Niçois et parisien. Je suis d’ici et de là-bas, de partout et de nulle part, je suis sans pays. Je n’ai pas de racines et pas d’avenir.

Dans ma tête, dans mon corps, pas de souvenirs clairs du Cameroun, que j’ai quitté très tôt, mais tellement du Congo, de l’Afrique de Brazzaville et de Pointe-Noire, où j’ai passé mes quatorze premières années. En 1953, mon père avait accepté l’offre faite par sa firme automobile de travailler en Afrique. Ma mère s’y ennuyait, moi je jubilais.

J’étais à l’affût. Car sur la route, il y avait toujours quelqu’un qui passait, quelqu’un à rejoindre pour une minute, une heure, la vie peut-être, il y avait toujours un événement à accueillir, un plaisir d’enfant à inventer, un bonheur à goûter, une chaleur à partager. Le soleil, la douceur de vivre, les soirées informelles avec les voisins, les connaissances et amis de mes parents, le groupe joyeux que nous formions. Ce groupe, ces amis et voisins, c’était ma famille : quand on est expatrié, plus de grande famille traditionnelle à proximité, pas de grands-parents, d’oncles et tantes, pas de maison de famille avec son grenier à trésors. Mon trésor, c’était l’ambiance, c’était le pays et les hommes, c’était la richesse des vies, la richesse des passages sur la route…

 

Pas de grandes sorties, sauf peut-être pour un premier de l’an à Robinson, près de Pointe-noire, dans une sorte de guinguette. Pas de joies sophistiquées, mais des plaisirs spontanés, dénichés au quotidien. Sur la route, il y avait des frangipaniers et de beaux badamiers. Les noix de badame m’intrigaient, les petites Africaines -les garçons aussi, mais je regardais surtout les filles, sortant de l’école, si mignonnes dans leur uniforme, chemisier bleu clair et jupe bleu marine…- en ramassaient constamment sur la route et grignotaient ces noix qui coloraient leurs dents. J’avais bien goûté, mais la saveur du jus tanique qui sortait de l’écorce, était trop âcre, trop acide, à mon goût. Ecole de la différence. Qu’importe, je n’aimais pas ces noix mais j’aimais les voir dériver sur la mer à Pointe-Noire, j’aimais me promener sur cette route, j’aimais y voir les jeunes filles, je me sentais chez moi. Il y avait aussi des manguiers, ça et là. J’aimais penser aux noyaux jetés qui avaient donné naissance à ces arbres, gros comme des platanes. Dans la cour derrière chez moi, je me souviens avoir été assommé par une grosse mangue tombée de son arbre. Elle s’était écrasée sur ma tête et m’avait projeté à terre. Et je suis nostalgique de cette douleur là. Je me souviens aussi des petits champs d’ananas, que nous apercevions en allant nous baigner à la rivière. La rivière. Quand nous étions à Brazza, pas de baignade dans le fleuve Congo, bien sûr, mais nous avions déniché, à quelques dizaines de kilomètres, une petite rivière bien accueillante. La route se terminait par un long parcours sur un chemin de terre, autour de nous la pleine savane, des collines aux herbes rases, de minuscules arbustes, un peu plus grands autour des rares points d’eau. Cette rivière étroite, c’était le théâtre de notre baignade du dimanche. Nous avions aménagé une petite bicoque où nous laissions le nécessaire pour le pique-nique. Tout restait aux bons soins de la population locale durant la semaine. Car sur la route près de là, il y avait un petit village africain avec ses quelques cases en torchis. Outre les ananas, les paysans cultivaient, sur de petits carrés, du manioc, du mil. Et ils nous voyaient souvent, enfants insouciants, égarés en rase savane, parmi les personnages de la nature dont de petits arbustes à peine plus grands que nous, garnis d’énormes fruits ressemblant à des pamplemousses. J’ai gardé le goût des fruits exotiques, des saveurs du monde, mais j’aurais aimé continuer à les cueillir moi-même, sur ces chemins, sur mon chemin, sur la route, sur ma route.

 

Bien sûr, j’avais aussi un pied en métropole. Tous les étés, je partais à Nice. J’allais même à l’école là-bas aussi avec de petits camarades métropolitains. Je découvrais ou redécouvrais des cousins somme toute étrangers. Tous ces enfants me semblaient contraints et forcés dans les actes les plus banals de la vie quotidienne, je leur trouvais un air compassé. La route était plus carossable mais moins belle, et sur cette route là, j’avais moins le temps ou moins le cœur de regarder s’il passait quelqu’un. Et quand quelqu’un passait, je ressentais le choc des nouvelles modes européennes. Je me sentais plus libre de mes mouvements au Congo. C’est là-bas que j’ai appris ma façon d’être dans mon corps. Déjà, j’avais choisi l’Afrique. Et pourtant, je savais déjà que, si j’étais gâté pour ce qui concerne la variété des expériences et des points de vue,  je n’étais vraiment chez moi nulle part.

Car au Congo, outre les voisins expatriés, il y avait bien les employés avec qui on prenait le thé, il y avait bien des cases africaines à côté et la présence, à l’école, de camarades portugais et africains, propice aux échanges. Pourtant, à l’école primaire, j’étais un peu intimidé par les petits Africains, pressentant des conditions sociales bien différentes de la mienne car beaucoup habitaient Poto-Poto dans les faubourgs, « au village » comme on disait et je les perdais de vue après l’école. Au collège, j’aurais aimé nouer le dialogue, mais les enfants congolais de ma classe étaient beaucoup plus âgés que moi et cette fois c’est eux qui ne s’intéressaient plus à moi, trop jeune. Quant aux camarades européens, ils venaient de partout et de nulle part à la fois, pour quelques jours ou quelques années, et certains disparaissaient vite après notre rencontre, me laissant avec le sentiment fort de l’éphémère. A Nice, à l’école, j’étais tout aussi isolé, des Français métropolitains cette fois, qui me regardaient bizarrement, moi arrivé par avion d’un ailleurs inconnu. J’étais le seul à vivre en Afrique noire ; il y avait bien quelques pieds-noirs mais ils avaient un ressenti de l’Afrique bien différent du mien. Quant aux Niçois, ils ne me posaient pas de questions sauf quand d’initiative je leur racontais mon chez moi, mais cet exotisme ne les intéressait pas. Je représentais un mélange incompréhensible de modernité -mes voyages en avion- et d’archaïsme -dans ma façon de m’habiller, dans mes activités de loisir au Congo-. Avant 1968, la France métropolitaine était ennuyeuse ; après, elle évoluait trop vite. Chaque année, à mon retour à Nice, la ville, la vie avait tellement changé, je me sentais perdu, déphasé, en retard, entouré chaque fois de nouvelles contraintes, celles de la consommation peut-être. Exotisme inversé. En Afrique, je me sentais finalement plus protégé, tous les enfants, français et africains portaient les mêmes vêtements, simples et pratiques, le même uniforme à l’école, je gardais des repères solides sans négliger les découvertes, au gré des échanges. J’étais protégé car malgré quelques rares émeutes après l’indépendance rapidement acquise, essentiellement entre factions briguant le pouvoir, le climat était paisible. J’étais aussi plus protégé car moins confronté à la problématique du choix. Le fond de routine juste nécessaire, rassurant -l’école le matin puis la sieste en même temps que mes parents, les jeux dans la cour à Brazzaville, la baignade et la pétanque à Pointe-Noire, et le dimanche, la pêche ou la baignade en famille- était toujours ponctué de petits événements qu’il me suffisait de cueillir car ils survenaient à point nommé.

 

Globalement, toutes ces différences entre les hommes, entre mes pays, entre mes vies, par leur assemblage, leur juxtaposition, me construisaient, ma vie était un patchwork, une succession d’évènements sans ennui. Décalage géographique et temporel, rythmique. C’est comme ça que, peu à peu, j’ai appris à m’adapter sans cesse à de nouveaux cadres. C’est comme ça que j’ai appris à vivre au jour le jour car je pressentais bien, en voyant partir peu à peu les familles, au gré de la fermeture des comptoirs et de leurs contraintes personnelles, que je devrai un jour quitter définitivement l’Afrique, alors je me suis habitué à vivre sans projets, sans avenir.

 

Le 2 juin 1972, de patchwork ma vie est devenue puzzle. Pour des raisons familiales plus qu’historiques, exit Brazza et Ponton, que je n’ai jamais revues, ce sera Nice puis Paris, et depuis ce jour, je poursuis ce paradis perdu.

 

Je suis arrivé à Nice au début de l’été. Comme chaque année pour les vacances. Et cette modernité d’habitude déstabilisante, car subie lors de mes passages annuels, j’ai commencé à la goûter comme un nouvel eldorado dont j’allais pouvoir profiter au jour le jour, année après année : la grande ville, les revues et surtout la télévision. J’ai apprécié le temps d’un été. Car dès la rentrée, avec le mauvais temps et les obligations scolaires, sont arrivées la désillusion et la recherche du paradis perdu. A Nice, il faisait chaud, mais il faisait tellement plus froid qu’à l’équateur, j’étais glacé jusqu’à l’âme. Ma mère avait trouvé la parade : des vêtements thermolactiles, été comme hiver, je suais mais j’avais toujours froid au cœur. J’habitais loin du centre ville. Ma maison était perdue, seule au bord d’une grande route. Il y avait bien la route, et je regardais toujours si je voyais passer quelqu’un. Mais j’étais seul. Personne à héler de ma fenêtre, personne avec qui jouer dans la cour. Pas de cour. Tout était loin, tout était long. L’école toute la journée, là où je passais mes après-midi africaines à profiter de la route. Horaires scolaires, distances, mode changeante et thermolactiles, j’avais perdu la liberté de mon corps. Alors j’ai commencé à vivre par procuration : les livres, les magazines, la télévision. J’avais la modernité, le progrès à disposition mais je vivais par procuration. A la réalité, je préférais la fiction.

Car j’étais confronté à la fois au manque de proximité, avec les choses, avec les êtres, au manque d’opportunités de proximité et, à l’inverse, à la difficulté du choix entre toutes les options de consommation, entre toutes les options de vie. C’est là que je n’ai pas réussi le passage, c’est là que j’ai refusé de choisir. Je préférais les films qui me donnaient l’occasion de tester les options, de les interchanger, de vivre plusieurs vies sans jamais avoir à en choisir une.

Plus tard, la mobylette m’a donné une liberté et la procuration s’est élargie : à la télévision s’est ajouté le cinéma qui me rappelait les séances du samedi soir à Pointe-Noire, et je suis devenu un cinéphile incollable. Toutes ces histoires, je les avais vécues, je n’étais pas ici, j’étais là-bas, je n’étais pas d’ici, j’étais de là-bas, j’étais partout et de partout à la fois. Mais seul. Ou accompagné de poètes maudits, rêveurs, voyageurs, que ma différence inspirait. La mobylette m’a aussi offert de retrouver la plage, l’eau, trait d’union entre mes pays.

Alors, peu à peu, j’ai cru à cette vie, la procuration n’était pas si désagréable, les échappatoires plaisantes au jour le jour. Je vivais moins au passé, un peu plus au présent. Mais jamais dans l’avenir. En Afrique, je savais que mon passage était temporaire, mais arrivé en France métropolitaine, en même temps que je grandissais, il m’aurait fallu envisager l’avenir dans toute son étendue. Trop angoissant. Pas de projection dans l’avenir donc, mais qu’importe, tant que le présent était vivable.

 

Et puis, j’ai eu des enfants. Et immanquablement, j’ai voulu leur dire quel enfant j’étais, surtout j’ai voulu savoir qui j’étais pour les aider à être à leur tour. Je ne savais plus. J’ai voulu lier le passé et l’avenir mais je ne savais pas. J’ai voulu regarder la route devant moi mais je n’ai pas su.

J’ai perdu trop tôt ma mère pour qu’elle me livre, d’adulte à adulte, son point de vue sur mes jeunes années. Je sais seulement qu’ayant rejoint mon père au Cameroun, elle avait alors conçu l’espoir d’adopter un petit Africain. Et puis, je suis arrivé. Français et africain. Maintenant que mon père n’est plus là, il me reste quelques photos et les souvenirs emmagasinés pendant quatorze ans. Orphelin de parents et de pays, il m’est resté l’ouverture aux autres et au monde. Né en Afrique et fier de l’être, j’y ai appris la culture de la découverte, du carpe diem, la solidarité avec cette deuxième grande famille : ceux qui ont partagé avec moi cette expérience, les seuls qui pourraient comprendre aujourd’hui mes hésitations, ma peur de construire durablement, mon envie incessante de m’installer ailleurs, avant d’y renoncer, car cet ailleurs dont je rêve n’existe pas ou n’existe plus. A mes enfants, j’ai voulu transmettre cette ouverture d’esprit venue de mon enfance africaine. Cette école de la différence, de la diversité, pas une différence théorisée mais la différence vécue, dès le plus jeune âge et appréciée, respectée.

Aller vivre au Congo ? Difficile à organiser, à la fin des années 80, sans plus aucune attache locale. Je me gardais d’ailleurs bien d’y penser, prêt à sombrer dans le désespoir des déracinés. J’aurais jeté mon dévolu sur la Guyane ou Bali ou un ailleurs incertain… mais voilà… dans la nouvelle famille que j’avais tenté de construire, il n’y avait que moi qui avais connu l’Afrique, il n’y avait que moi qui y étais né, il n’y avait que moi qui ressentais cette urgence à grandir dans un pays aux coutumes différentes, au milieu parfois hostile, pour savoir prendre du recul, relativiser, pour s’ouvrir à l’autre, s’ouvrir aux autres. Il n’y avait que moi qui regardais la route pour y trouver un appel vers l’ailleurs, l’autre, les autres. Alors, j’ai renoncé à regarder la route devant moi, je suis resté à Paris et j’ai regardé derrière moi, j’ai continué à vivre au passé, parfois au présent mais toujours pas vers l’avenir. Toujours pas d’avenir.

 

Car comment croire en l’avenir quand un jour son monde d’enfant s’est brusquement volatilisé ? Né français en Afrique, j’ai perdu à tout jamais mon berceau. Mon point de vue n’est pas celui, raisonnable, de l’adulte, mon point de vue est celui, émotionnel, de l’enfant né quelque part mais qui n’est de nulle part.  Mon pays n’est pas objectivement délimité par des frontières, mon pays est défini par les battements de mon cœur. J’accepte bien sûr de l’avoir perdu pour des raisons politiques, humaines et historiques, mais je souffre à l’idée de ne pouvoir montrer à mes proches cet ailleurs qu’ils ne peuvent palper et qui rend nos visions de la vie si hermétiques les unes aux autres. Difficile de parler de l’Afrique française, sujet tabou, alors que je ne suis qu’un enfant qui veut parler de son pays natal, de cette Afrique là, entre Ponton et Brazza, de l’Afrique de Marcel et Angélique, de Doudou et Sylvie. Amertume de ne pas savoir se faire comprendre. Alors quand les autres évoquent les collines verdoyantes de leur enfance, je me tais, longtemps.

 

Et à l’heure de la retraite, quel pays rejoindre ? J’ai vu partout des morceaux de mon pays. J’ai voyagé, beaucoup, vu des endroits superbes, d’autres agréables, accueillants, mais aucun n’est mon pays, je ne me sens nulle part chez moi. On me propose des « chez moi » qui sont « chez l’autre » alors je ferme les yeux en espérant qu’il n’y aura pas d’après, et je ne regarde plus vraiment la route, résigné et persuadé qu’il n’y passe plus personne.

 

Parfois, je vois un endroit, une personne qui ressemble à, je cherche des correspondances, des reconnaissances pour retrouver, conjurer, dépeindre, mais mon ailleurs reste insaisissable. Et puis un jour, j’entends parler d’un coin de campagne, d’un retour aux sources, de quelqu’un qui se sent chez lui parce que c’est chez lui. Même des années plus tard. Alors je me demande si je ne devrais pas repartir là-bas. Mais un pays, ce n’est pas seulement un paysage, ce sont aussi des hommes, une atmosphère, et ça, je sais que je ne le retrouverai pas. Ma grande famille n’est plus là-bas. Même la ville a changé. Les paysans et les petites filles ne sont plus les mêmes. Je sais que je ne retrouverai pas mon pays. Alors je préfère imaginer des raisons pour empêcher ce voyage, me dire que je ne peux pas vérifier que ce pays là appartient au passé. Mais en fait, je ne veux pas vérifier… que je suis de nulle part. Car alors je ne serai rien. Je ne veux pas faire le deuil de mon pays.

 

Et j’ai tellement de deuils à faire. A partir de quatorze ans, sur ma nouvelle route incertaine, je n’ai jamais su digérer les évènements. Tellement de deuils à faire : celui de ma famille, de ma grande famille, de mon enfance, de mes échecs. Mon pays n’est pas quelque part en Afrique, mon pays c’est tout ça. Mais la route ne m’a pas encore dit ça.

Il ne s’agit pas de faire le deuil de mon pays mais d’en faire le tour. En Afrique, j’étais protégé, j’étais entouré, je n’avais pas d’avenir à construire. Oui, mais j’étais un enfant. Ai-je  la nostalgie de l’Afrique ou la nostalgie de l’enfance ? Est-ce que je cherche mon pays ou est-ce que je me cherche ? Est-ce qu’il faut chercher à retrouver ce paradis perdu ou à grandir ?

 

Alors, un jour, sur la route, sur ma route, j’ai accepté d’apercevoir celle avec qui j’ai passé mon enfance en Afrique et c’est avec elle, grâce à elle, que ces questions sont arrivées. Et aujourd’hui mon pays c’est elle. Plus besoin de s’attacher à la géographie, nos cœurs sont à l’unisson quelque part entre Ponton et Brazza, entre Djeno et Diosso, Paris et Nouméa, Tulle et Turin, Les Laubies et Le Bois joli ; aujourd’hui, hier et demain, mon cœur est apaisé et heureux de sa richesse. C’est vrai que l’Afrique que j’ai connue n’existe plus, mais grâce à ceux qui sont passés sur ma route, j’ai pris conscience de l’évolution parallèle des régions de métropole. Quant à ma grande famille et sa solidarité, elle existait aussi dans les campagnes verdoyantes. Même si ma campagne à moi était rouge, garnie d’immeubles ou synonyme de savane, et peuplée de gens de couleur. Pensez-vous que nous passons nos vieux jours ici à ressasser les souvenirs de là-bas ? Au contraire, avec elle, je sais que je n’ai pas à convaincre du merveilleux de cette enfance, alors avec elle, je suis un vieil homme apaisé qui parle d’avenir… Fini les comparaisons stériles. Ce que j’ai toujours vécu comme une exception générant enfermement et souffrance, ce n’est que ma spécificité, une carte d’identité parmi tant d’autres, parmi celles des autres, à partager avec elle, avec vous, avec eux, en toute sérénité.

Je ne suis plus très sûr de l’avoir vue sur la route, peut-être elle et moi ne faisons qu’un, si mon pays c’est elle, peut-être mon pays est-ce moi. Ce dont je suis certain c’est que sur cette route que j’observe et parcours désormais assiduement, j’ai enfin retrouvé mes racines et mon avenir, je vois s’ouvrir de nouvelles routes et s’élargir encore et encore le champ des possibles.

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Publié dans Philo-Ecriture

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